Nevertheless

Higher

Et oui, ça y est. C'est dit, c'est fait.
Je migre.
On va laisser ici les archives de moi-même et la suite de mon blog, c'est là bas :

http://galelis.over-blog.com/

Blissful oblivion

Bon, ben ça s'est plié.
Contingence technique qui prouve bien la qualité des services  gratuits : plusieurs mois de notes qui s'évaporent. Mais bon, quelque part, autant que ça soit qui disparaisse.

On efface. On recommence ?

Tant que j'y suis, signe du hasard ou non, j'hésite à fermer ce blog. A en recommencer un ailleurs, ou pas. On verra.

Je ne sais plus trop si c'est aussi important qu'avant de prendre le temps.
Tout coule, comme disait l'autre vieux. Tout coule, et de moi il ne reste pas même quelques mots.

Dans la longue nuit

Ne rien dire détruit.
On a beau broder, enjoliver, tergiverser ; on en revient là : le silence plombe, le silence nous crève.

Personne ne sait vraiment, ici, ce que sera demain. On n'attend. Ceux qui savent ne disent pas. Et ils ne savent pas tout. Les autres, moi notamment, qui savont d'autres choses, n'en parlons pas plus. Ou en tout cas pas à tout le monde.

Information incomplète, pour le moins. Imparfaite.

On se complaît là-dedans, visiblement. Ce poison qui nous ronge doit nous réjouir, quelque part, puisqu'on y reste, on y nage, on s'y ébat joyeusement.

Enfin joyeusement, c'est vite dit.

Quelle joie reste ici ? Quel élan ? Quelle envie ?

Dormir, partir. Tout envoyer bouler.

Il ne me reste plus qu'à aller regarder "besogne" dans le dictionnaire.

On en est là pour l'instant.

Where Ever ?

Où suis-je donc aujourd'hui ?
Bilan que je déteste, mais qui s'impose.

Où suis-je donc ?

Ce que je perds. Ce que je sème.
Ce que je prends aussi.

Les chances qui me tournent autour, comme des oiseaux charognards.
Aucune ne s'abat.
Aucune ne m'achève.
Je chancelle encore, encore.

Je pourrais... oui... travailler, producer, lire, écrire, jouer, regarder, dire... oui... je pourrais.

Qu'en-est-il de moi ? Que suis-je donc devenu ?

J'oublie tant et tant.
Ma vie ne pèse pas plus lourd qu'un chewing-gum pamplemousse.

Le goût acidulé me conforte, me rassure. Je suis.

Depuis combien d'années, hélas, l'heure bleue ou le crépi, les instants fugaces, m'ont laissé sur la route ? Ou à côté.
A côté du chemin.
C'est sans doute là que j'avance.

Sans doute.

Ce n'est pas tant le malheur que je crains. J'y suis presque imperméable. Non, c'est la fatigue, le néant, le gris sombre.

Un rien m'effraie et je sursaute.
Un rien m'amuse et je chavire.
Un rien m'émeut et je sanglote.

Mes émotions sont les feuilles qui virevoltent. Il faut les ramasser, en tas, les jeter, les brûler par brassées.

Mes souvenirs jetables, consignés sur le net, disparaîtront avant moi : un crash, un bug, une crise d'économique... que sais-je ?

Finalement, quelle valeur ai-je consommée? quelle valeur ai-je produite ?

Je me nourris de tout sans y trouver plus qu'une satiété éphémère.

Je devrais, sans doute, dormir plus, hiberner. Laisser passer cet hiver en me lavant du quotidien, des jours, des semaines.

Je m'en rends compte à présent : c'est l'Absurde qui me pèse, me lasse. Lui aussi. J'avais promis de l'embrasser, de l'étreindre sans frémir. Et me voilà déjà ennuyé et désireux d'autre chose.

Ce n'est pas seulement l'époque qui me tue, c'est plutôt le reste. Je me serais cru plus fort.

Le jour d'après?

Une fois. Deux fois. Trois fois.

Trois personnes à me dire "Moi, jamais je voterai Ségolène Royal."
J'imagine que ça devrait m'affecter.
Les arguments varient.
Trop comme Sarkozy sur les effets d'annonce.
Trop médiatique.
Trop conformiste.
Trop autoritaire.
Pas assez à gauche.
Pas assez visionnaire.
Pas assez compétente.


D'autres ont fait la liste avant moi. Je vais pas la reprendre.
A la limite, cette liste, c'est un atout.
C'est vrai, à force d'avoir énumérer, à droite, à gauche, les défauts de sa candidature, on a l'avantage de les connaître.


Fabius, bon, franchement, je dois être réac, ou con, mais je ne peux pas. Il a beau nous sortir une nouvelle virginité de gaucho, je n'y crois pas une minute. Pas une seconde. Je n'épilogue même pas.


DSK. Contre qui je n'ai pas grand chose. Bon gestionnaire, économiste solide. Tout ça. OK. Et qui répète bien qu'il n'est pas gauche caviar puisqu'il est "maire de sarcelles". Ah oui, alors forcément... Etrangement, je n'ai pas senti le souffle social et populaire dans sa démarche à Bercy.


Quels coups, quelles attaques ont-ils eu à essuyer pendant cette "pré-campagne" ? Ils sont d'autant plus solides qu'on leur a rien balancé ou presque. C'est tout juste si on a évoqué le "oui mais" devenu "non" de Fabius. On va nous dire qu'ils sont parfaits, bons ministres, dignes représentants du parti, machin machin. Alors que bon, un déluge de reproches déferle sur Royal. Quand elle ne parle pas, c'est qu'elle n'a pas d'idées. Quand elle parle, ses propos sont forcément déplacés ou incorrects.


J'ai le sentiment que si on accordait moitié autant d'attention et de critiques aux propos de Fabius ou DSK, on trouverait autant de propos déplacés ou incorrects.
Qu'on le veuille ou non, ce sont les propositions et les idées de Ségolène Royal qui ont façonné le débat. Et sur le reste, il n'y avait plus qu'à répéter "c'est dans le projet socialiste"
Alors quoi ?
C'est un problème médiatique ? Oui. Un problème d'information ? Oui. Un déséquilibre d'image ? Oui.
Il y a une différence notable "d'envie" et de demande.
Je ne sais pas si ce sont seulement les médias qui ont créé ça. Je ne le crois pas, mais bon, je ne suis pas analyste politique ou sociologique.


D'où vient l'exposition donnée à Ségolène Royal ? Est-ce à cause d'un vrai soutien massif, d'une véritable impatience populaire derrière sa candidature ?
Je ne sais pas.


Mais je n'ai pas besoin de cela pour voir qu'effectivement, elle a mené (et on lui a fait mener) une "primaire" en position de favorite imméritée avec deux "challengers" plus méritants.
Je ne crois pas à cette vision. Je ne crois pas que DSK soit si supérieurement intelligent ou compétent. Je ne crois pas que Fabius soit tellement plus visionnaire ou engagé.


Et je ne crois pas que Royal soit maladroite ou bête.
Je crois que, de partout, on scrute le moindre de ces actes. Elle joue de cela, bien forcé. Plus de devoir que de droits. Voilà ce qu'elle en tire.
Va-t-on lui reprocher le moindre constat de dysfonctionnement?


On lui reprochait ses bémols sur les 35h. Finalement, je pense que tous semblent avoir admis que son opinion était raisonnable sur ce point. Tout n'a pas marché, on peut faire mieux. On le doit.


On lui reproche ses critiques sur l'éducation nationale. Mais bon, syndicats ou parents, qui peut se vanter d'un fonctionnement parfait ? Ce n'est pas mépriser le travail des enseignants de dire qu'on a un problème avec la situation actuelle, et de constater que l'immobilisme ambiant, avec une évolution uniquement vers la dégradation des engagements (baisse des personnels, baisse des heures...). Tout ne marche pas, on peut faire mieux. On le doit.


On lui reproche ses saillies sur la sécurité. L'ordre juste. Oui, ben je suis assez d'accord avec elle : les premières victimes des dérèglements de la société, ce ne sont pas ceux qui ont les moyens de s'en protéger. Je ne crois pas que les voitures qui brûlent dans les banlieues soient celle des sénateurs (ni des maires de sarcelles, d'ailleurs). On peut pas croire une seconde que le bilan du gouvernement actuel soit positif de ce côté. Tout ne marche pas, on peut faire mieux. On le doit.


On lui reproche ses attaques des élus avec ses idées de "jurys citoyens". Je ne crois pas qu'elle parle de partager l'autorité ou la responsabilité. Elle parle de transparence, d'information, d'intelligence collective. En tout cas, elle a raison de dire que le "dialogue" de la démocratie n'est plus au rendez-vous. Je n'appelle pas des manifs comme pour le CPE un dialogue. Le gouvernement arrogant n'écoute que les réactions extrêmes. Alors vouloir plus de place des syndicats, plus d'implications des citoyens, ce sont peut-être des voeux pieux, mais c'est au moins une amorce de solution. Sur le plan des institutions démocratiques, tout ne marche pas, on peut faire mieux. On le doit.


Reprocher des choses, c'est globalement assez facile.
"ça ne va pas marcher."
"Comment on finance?"
"encore une idée trop compliquée..."
"une solution trop simpliste..."
Bref, les raisons de ne pas y croire, de ne rien changer, de ne pas bouger, on les connaît tous.
Mais là, bon, on est un peu obligés de bouger. De remettre des choses à plat pour avancer, redresser, progresser .


Bon... je sais, ça serait au programme avec tous les candidats. Mais justement, il reste cette part irrationnelle de confiance, de croyance.
Je ne crois pas un instant à Fabius. Je doute pas mal sur DSK. Je le sens plus avec Royal. C'est pas seulement rationnel.


C'est peut-être aussi que, effectivement, par son attitude, elle n'était pas dans la position arrogante de prouver à tout prix que les autres avaient tort. Elle n'était pas à casser du sucre sur les autres. Elle était à défendre ses propos, ses projets.


Bref.

La réunion publique à laquelle j'ai assisté hier a achevé de me convaincre. Sauf accident, je voterai Ségolène.


Contrairement à d'autres, je n'ai pas réponse à tout. Je peux me tromper.
Je ne dis pas que j'ai raison et que tous les autres ont tort.


J'espère juste que, oui, l'élan de la candidature Ségolène Royal, s'il se prolonge, permettra une certaine réconciliation nationale, un élan d'unité et de confiance, qui soignera des plaies comme le 21 avril ou le non au TCE. J'espère qu'on ira, oui, vers une nouvelle république, au moins dans les usages et les mentalités, si ce n'est dans les institutions...

Parce que tout ne marche pas et qu'on peut faire mieux. On le doit.

Monstrueux

Tout va bien d'abord. La bête, en transe, s'agite doucement.
Le rythme la berce, l'enchante. La bête braie et remue.
Elle aime ça. Elle sourit dans la chaleur sonore.

Puis le silence se fait. Le charme est rompu.

La bête se secoue.
Elle bruisse. Elle en veut encore. OUI.
Elle réclame. Elle tape, bat la mesure.
Elle hurle par ses mille bouches.
Elle ondule et se déhanche de mouvements inhumains.
Son appétit doit être satisfait. Elle ne partira pas tant que, consentante, la victime ne se sera pas avancé sur l'autel, une fois de plus.

C'est un rappel, dit-on. Un rappel.

La bête gueule "Encore."
La bête crie "Une chanson."
La bête ne lâche pas facilement sa proie.

Mais on allume la lumière.
La bête, brusquement, disparaît.
Ce monstre n'était qu'un fantôme.
Il ne reste qu'une foule hébétée. Groggy.
Chacun revient à lui-même. Le groupe en communion grotesque n'est plus qu'un tas d'individus qui se dispersent. Partir. Fuir le lieu de cette étrange cérémonie.
Le rituel n'apparaît plus que comme un souvenir douceâtre. Agréable mais dérangeant.

La bête hurlante n'est pas morte : elle s'est assoupie.
Elle sommeille encore en nous, reptilienne, dans nos cerveaux limbiques.
Les basses, les spots, la fumée... Je sais qu'elle se réveillera le moment venu, comme elle le fait toujours quand on lui livre sa proie préférée en pâture.

Gratitude gratuite

Rien de vraiment neuf.
Je suis chaque matin le même. Chaque matin aux mêmes endroits.
Mêmes heures.
Chaque matin.

Les moments qui m'appartiennent sont ailleurs. La nuit sans doute, le sommeil. Le soir sûrement. Et dans l'après-midi.
Mais le matin n'est plus à moi. Plus jamais.

J'ai dû le vendre, je crois, avec je ne sais quelle désinvolture, en signant en bas d'une feuille. On oublie vite qu'on se dépossède de soi quand on croit gagner quelque chose.
Alors non, malgré l'euromillion, je ne joue pas. Mais j'ai quand même perdu.

Il y a cet homme qui chante. Anarchiste. Pourquoi pas.
Il chante la douleur de ses ruptures. Maintenant il en vit.
Je me doute qu'il y a là une ironie du sort : porté par ce qui l'écrase, il revit comme un phénix. Etrangement, c'est sa méchanceté et son malheur qui l'inspire plus que le reste. Même sa joie se teinte de fin du monde et de deuil.

Qu'est-ce qui, de sa vie, lui appartient? Il a livré toutes ses douleurs et doit chanter celles des autres maintenant.
Il s'excuse presque de devoir déserter la scène.

Quand on a livré le combat, on doit se retirer. La retraite.
Quand je n'aurais pu de travail, plus de matins forcés, que restera-t-il de mon temps? Que restera-t-il de moi?

Quand je n'aurais plus de carte de visite, de fonction attitrée, que restera-t-il de ma vie, de mes espoirs, de mes projets?

Mes enfants riront-ils de moi? Faudra-t-il vendre le pavillon, la voiture, le chien?

Si déjà, la retraite sonne, devrais-je m'éclipser doucement, sans bruit, réalisant enfin que ma vie creuse ne repose sur rien qu'un malentendu?

Il en est qui partent loin, pour revenir, parés du soleil d'une autre terre. Ils pavanent leur santé déclinante avec la joie des plaisirs publics.

Quand on sait, d'office, que certains destins ou certains sentiments nous sont impossibles, faut-il encore les espérer, ou pire encore les singer?
Le songe même ne m'appartient plus. Mes rêveries du matin sont celles qui résonnent à la radio ou sur l'écran.

Qui m'a appris cela? Qui m'a dit "Ceux qui sont de la partie s'y perdent tandis que les spectateurs y voient clair"?
C'était mon calendrier, sans doute. Hier ou l'avant-veille.

Le détachement, c'est évident, est un atout crucial. Pouvoir voir la porte, en bon état ou non, sans piquer une crise. Pouvoir snober le miséreux sans pincement au coeur. Pouvoir déchirer, rompre, briser sans ciller.
Entre ceux que la vie engourdit et ceux qu'elle met à vif, qui faut-il plaindre? Qui faut-il aider?

Moi, j'ai perdu mon temps. Non pas perdu la durée, les heures passées, les jours vécus. Non. Perdu le fil. La bobine se dévide quelque part, où, sans bruit. Je le cherche en vain. Où tout cela se passe-t-il? où la vie s'écoule-t-elle?
Le malheur est plus riche que le vide. L'écheveau peut débiter un fil noir : il faut le tenir. ne pas le lâcher.
Sinon quoi.
Ariane, cette conne, de quelle amour blessée, tendait son fil au premier venu. Embobinée. Puis larmoyante.
Etait-elle à plaindre?
Thésée, ce salaud, nouait puis tranchait sans égard. Successivement passionné et indifférent?
Faut-il l'imiter?
Je suis elle. Je suis lui. Je suis moi. Je suis les autres.

Les images que j'aimerai voir ou tenir se bousculent.
Il n'en reste que des sensations confuses, des mots plats, qui se pressent en pelotes touffues.

Laissons les Parques agir et les Nornes s'activer.
C'est par ce biais que les choses avancent un peu.

Y aller ?

A chaque fois, devoir se demander si on va le faire ou non.
Si ça vaut le coup.
Chaque matin, avant de partir.
Chaque fois.

Je ne crois pas que ça soit mieux de savoir.
Je crois que c'est inutile d'attendre.
Mais je me lève et j'y vais quand même.
Sans conviction.

Il faut que le reste ne soit pas identique. Il faut que le reste soit à moi. Mon temps. Mon coeur. Mon adhésion profonde.
Sinon quoi ? Sinon, pourquoi ?

Faire baisser jusqu'au sol son esprit : oui, se forcer, la servitude, le commitment qui transcende. Pfff... Je n'y crois pas, je n'y crois plus.
J'ai fait plus sans souffrance qu'avec.

Bizarre, oui, j'ai dit bizarre

Les gens sont étranges. Vraiment.
C'est ce que je me dis toujours quand je vais à un concert.
Accepter mon étrangeté à moi, ce n'est pas dur, j'ai l'habitude. Mais cette foule. Tous ces gens qui pourraient être normaux.
Bon, il y a la marge habituelle de nanas crâne rasé, de mecs goths improbables, de couples absurdes... Mais ça, c'est normal, finalement. Le plus bizarre, c'est de voir des gens apparemment sans histoire venir s'entasser dans cette salle bondée, bien trop chaude, bien trop enfumée (à quand l'interdiction EFFECTIVE de fumer dans les salles de concerts?!!). Et le pire c'est qu'ils payent pour ça.
Bon, on va dire que c'est un des principes de la civilisation. Une sorte de communion artistique. Une célébration moderne qui unit les masses dans un cérémoniel primal de boum-boums et de gigotements. OK.
Mais dans ce trip régressif, certains trouvent le moyen de passer leur soirée à regarder la scène à travers l'écran de leur téléphone ou de leur appareil photo numérique. Pourquoi donc venir là pour faire ça? pourquoi chercher l'intimité du chanteur, sa présence, pour ne le scruter que sur un écran minuscule?
Le média vole l'immédiat. C'est peut-être ça la victoire de l'homme civilisé sur le primate. Bizarre.

Et comme si ça ne suffisait pas, il faut le chaos de ce matin. Plus de réseau au boulot. Le net en carafe. Les IPs chamboulées. Le nom de domaine perdu. Le site verrouillé. Tout ça d'un coup. Et ça tombe, forcément, le jour qui devait être celui de la dernière chance.
Quelle chance! Quelle chance?
Qu'on en finisse. C'est tout ce que j'en pense.
Mais les gens sont bizarres : ils prétendent que rien n'est joué.
Qui, dans cette affaire, profite de la situation?
Qui tire son épingle du jeu?
Rien n'est clair, rien n'est vrai.
C'est sans doute le prix quand on ne produit que du vent. L'illusion économique nous entraîne dans une farce étrange, où chacun, de l'investisseur fantôme nostalgique au patron supposément impliqué et dynamique, en passant par les employés démotivés ou les sous-chefs ambitieux, oui chacun joue un rôle bizarre, façon "The office", pour n'être plus que la parodie ratée d'un archétype toujours semblable.

Qui pourrait croire que c'est ainsi que le monde doit avancer?
JE me contente d'être étonné.
Je suis trop fatigué aujourd'hui pour imaginer plus.

Win win//lose lose

Rien à faire/Trop à faire.
On hésite presque.
C'est l'un et l'autre à la fois.

Tout dépend de l'ambition qu'on se fixe.
Si je voulais une vie rêvée, une vie parfaite, il y aurait tant à faire: appeler ce glandeur du cabinet de gestion pour les problèmes de l'appart, ranger l'appart, lire, jouer, prendre des rendez-vous médicaux, chercher un nouveau travail, prendre des nouvelles de tout le monde, organiser une pendaison de crémaillère...

Mais non.
De ce qui se décante, il reste le plus vital, le plus prégnant. Dire à mon homme que je l'aime. Prendre mon petit déjeûner. Promener le chien. Glander vaguement devant mon ordi.
Je ne suis que ça. Le reste, finalement, je n'en ai rien à faire... Rien à faire. L'ennui s'installe. La paresse de bouger l'emporte et me terrasse, mollement. Je suis le chat pharahonique, le primate lové au chaud d'un repli...
Dans cette torpeur, mon esprit filtre toute ambition, tout regret.
Parfois une image, comme un pavé, vient rompre la surface lisse des choses.
Comme cette fille, devenue députée, qui me fait irrésistiblement penser au mauvais taboulé.
Ou plus récemment, ce gars qui joue les experts psy dans mon ancienne émission fétiche.
Pourquoi ai-je rallumé la télé ce jour là? Pourquoi le découvrir lui? Pourquoi le reconnaître, confusément d'abord, mais assez clairement pour retrouver sa trace sur internet?

Ces anciens, ces compagnons de promo. Ils viennent flamboyer, sur l'écran ou dans la vie publique, et le lien qui m'attachait à eux me souffle : "Regarde-les, regarde-les". Quelle fascination pourrais s'exercer? Là encore, je n'y trouve que du narcissisme. Le plaisir confus d'avoir connu "ces gens importants". La vision floue d'une réussite.
Mais quoi? Pourquoi devrai-je frémir en les apercevant?
Leur présence n'est rien pour moi, concrètement.
Rien à faire.
A moins que leur reflet, leur simple aura, suffise à me renvoyer en plein visage l'éclat d'une réussite qui m'échappe.
Que vaut ma vie fasse à la leur?
Il suffit que je vois l'appart d'InfF pour regretter de ne pas être propriétaire. Il suffit que je vois bidule réussir, pour regretter de n'avoir pas choisi une autre voie.
Qu'ai-je fait de mon argent pendant toutes ces années? Qu'ai-je fait de mon temps? Qu'ai-je fait de moi?
J'ai donc si peu confiance en mes choix que je suis prêt à les renier parce qu'un reflet me promet autre chose, donc mieux...
J'aimerai dire qu'il n'y a aucun doute. Que ma ligne est claire et toute tracée.
C'est faux. J'ai toujours douté. J'ai souvent souffert de comparer mes possibles et de choisir.
Mais je suis là. C'est dit, c'est fait.
Alors tant pis pour la députée, tant pis pour l'expert psy, tant pis pour les apparts flambant neuf, tant pis pour les autres vies que j'aurais pu avoir, ou approcher, ou désirer.
Je n'en ai rien à faire.

J'oublie vite tout cela et je me replonge dans ma bulle de vide. Anesthésié, j'attends d'aller déjeuner parce qu'il le faut bien : mes horaires absurdes ne changent guère. Je n'ose pas croire que je pourrais changer le destin de mes collègues. J'attends donc.
Ce soir, je vivrai autre chose que tout cela : moi.

Fast and fester

Plus de rapidité, toujours plus. Plus de capacité de calcul, plus de bande passante. Le monde est plus foisonnant, plus organisé. Plus de connaissances à assimiler, plus de communications, plus d'intelligences. Plus d'informations.
L'entropie galopante, en vraie bouffée de chaleur, submerge notre planète, notre galaxie (avec ou sans réchauffement atmosphérique, selon le gros Joyeux bouffi de satisfaction de faire parler de lui pour une nouvelle connerie médiatique).

Mais c'est vite oublié que cette richesse se paye au prix fort : tout est plus riche, plus profond, plus rapide, et tout est plus éphémère. L'histoire s'accélère. Les adresses sont périmées. Les URL changent. Les références évoluent plus vite qu'on ne peut les suivre.
Fatalement, l'homme humain approche de sa date de péremption. Méta-humain, forcément. Avec des auxiliaires techno-informatiques, des améliorations génétiques ou que sais-je... il va falloir dépasser des limites ou disparaître.

Avec la vitesse, le changement devient non seulement utile, mais nécessaire.
Et je ne sais pas si je pourrais m'adapter à tout ça.
Le voudrais-je seulement?

Pourquoi devrai-je me convaincre que Racine est périmé et que Nothomb est la reine d'une novlangue ou d'une néo-culture de l'avenir.
Je ne sais plus qui nous impose ce rythme. L'entropie? Le marché? La société? Le progrès?
Les mains invisibles qui nous tiraient doucement nous broient dans l'accélération...

Passage à vide(s)

Les nouvelles ne sont pas vraiment bonnes.
D'où qu'elles viennent.
Ce n'est pas la catastrophe. Chaque problème aurait pu être bien pire, bien plus grave. Mais quand même.
Pas de bonnes nouvelles.
Que des mauvaises. Parfois à peine mauvaises. Souvent un peu mauvaises. Parfois très mauvaises. Toute sorte de mauvaises. Mais rien de bon.

Est-ce qu'il y a une logique à tout ça? Une loi des séries?
Un équilibre? Une loi des grands nombres?

J'ai une sensation d'occasion perdue. De gâchis. Tout aurait dû aller mieux, je le sens confusément.

Mais le résultat est là.
Ma vie enchantée, positive, merveilleuse, traverse un paysage désolé.
Je ne suis pas forcément le plus touché. Je reste, sans doute, chanceux d'une certaine manière.
Par contre, tout ce que je vois, tout ce que je touche... ceux que j'aime... Tout va mal.

Ce n'est pas moi, c'est le monde.
Ou peut-être devrais-je inventer un syndrôme de Midas qui fait que mon bonheur détruit celui des autres?
Que sais-je?
Faut-il une raison pour aller bien? une raison pour aller mal?

Absurde. Fortuit.
Mon chemin continue.
Chaussée dangereuse.